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Architecture d'EntrepriseStratégie

« Une transformation ne réussit que si le métier, la technique et la donnée avancent ensemble »

Sylvain Melchior

Une conversation avec Vincent Delamarre et Remi Poujeaux, cofondateurs de Pelago. Entretien mené par Sylvain Melchior (Boldo).

Pelago travaille avec des ETI et de grandes entreprises. En face, on trouve celles et ceux qui portent les transformations : Chief Transformation Officer, directeur de programme, directeur d'une nouvelle offre. Leur point commun, c'est qu'ils sont responsables de la réussite. Nous avons échangé avec les deux cofondateurs sur leur parcours et sur leur façon de faire travailler ensemble des équipes qui, habituellement, communiquent peu.

Bonjour Vincent, bonjour Remi, merci pour votre temps. Pouvez-vous vous présenter et nous raconter comment vous vous êtes rencontrés ?

Remi : Avec plaisir. Je suis directeur technique et cofondateur de Pelago. J'ai démarré comme responsable informatique chez Schneider. Ma mission consistait à intégrer les sociétés que le groupe faisait l'acquisition au Japon, donc beaucoup de projets de systèmes de gestion. Je suis ensuite passé sur le projet mondial de CRM, et c'est là que j'ai rencontré Vincent.

Vincent : De mon côté, je suis le cofondateur en charge du business. Ingénieur de formation, mais je m'occupe du commercial et de la stratégie. Nous nous sommes rencontrés en 2009, lorsque Remi avait retenu Salesforce plutôt que SAP pour le CRM mondial de Schneider. Nous avons mené ce déploiement ensemble, vingt fois plus vite que les autres entités du groupe. Dès cette époque, nous étions convaincus d'une chose, devenue depuis l'ADN de Pelago : un projet ne réussit que si le métier, la technique et la donnée progressent à la même vitesse. Dès que l'un des trois prend du retard, l'ensemble s'enraye.

Vingt fois plus vite, c'est considérable. Quelle était la méthode ?

Vincent : Quatre principes, en réalité.

Le premier consiste à toujours revenir à la question « pourquoi faisons-nous cela ? ». Pas la technologie, pas l'outil : l'objectif métier.

Le deuxième, raisonner du point de vue des personnes qui vont vivre le changement, qu'il s'agisse de collaborateurs, de clients ou de fournisseurs.

Le troisième, découper un problème d'ampleur en étapes que l'on peut livrer une à une, plutôt que de viser un déploiement unique qui n'arrive jamais. Et une architecture monolithique en ensembles autonomes.

Le quatrième, ne pas cloisonner les équipes. Plutôt qu'une grande équipe technique d'un côté et une grande équipe métier de l'autre, nous constituons pour chaque sujet une équipe réduite qui réunit les deux.

Remi : Pour que cela tienne, chacun doit savoir en permanence qui fait quoi et quels systèmes communiquent entre eux. Nous avions construit un outil interne pour cela chez Schneider. La difficulté, c'est que ce travail de cartographie passe souvent pour une affaire d'informaticiens, théorique et éloignée du terrain. Nous l'avons relié au business d'un côté et aux projets de l'autre. C'est exactement ce que nous avons implémenté dans Pelago, avec notre modèle Transformation360.

Comment expliqueriez-vous Pelago à quelqu'un qui le découvre ?

Vincent : Le plus révélateur, c'est la réaction des gens. Un architecte informatique regarde Pelago et dit « c'est un outil d'architecture ». Un chef de projet observe la même chose et dit « c'est un outil de gestion de projet ». En réalité, Pelago se situe précisément entre les deux, là où ces métiers communiquent rarement. Aujourd'hui, pour faire ce lien, chacun fabrique un PowerPoint ou un Excel à la main dès qu'il doit expliquer où en est un projet. Nous récupérons l'information directement à la source et nous la maintenons à jour automatiquement. Résultat : chacun voit où il se situe dans le projet d'ensemble, sans refaire la présentation à chaque réunion.

Et cette information, où allez-vous la chercher ?

Remi : Trois grandes sources. Les outils qui décrivent les systèmes de l'entreprise. Les catalogues de données, qui existent souvent mais que personne n'ouvre, alors qu'il suffit de savoir qui est responsable de la donnée client et où elle se trouve. Et les outils de suivi de projet comme Jira. Dans une grande entreprise, une équipe travaille sous Jira, une autre sous un outil différent, et les équipes de déploiement gèrent tout sous Excel. Nous rassemblons l'ensemble au même endroit, avec un vocabulaire commun. Et lorsqu'une information n'existe nulle part, on la saisit directement dans Pelago : ce n'est jamais un obstacle.

Vous accordez une grande importance à la gestion des agents IA. Quel est l'enjeu ?

Vincent : Au départ, nous traitions un agent IA comme un collaborateur, exactement comme un agent humain dans un centre d'appels. Nous avons vite constaté que ce modèle ne convenait pas. Un agent IA n'est ni tout à fait une personne, ni un projet, ni un système. C'est une entité nouvelle, qu'il faut gérer pour elle-même.

Remi : Son cycle de vie ressemble à celui d'un logiciel : on le teste, on lance un pilote, on le déploie, et parfois on l'arrête parce qu'il n'a plus d'utilité. La difficulté, c'est qu'aujourd'hui les agents se multiplient : chaque service a créé les siens de manière isolée. La première étape consiste donc à en dresser l'inventaire. Ensuite, pour chaque agent, nous répondons à quatre questions simples : à quoi sert-il côté business, quel projet l'a livré, sur quelle technologie repose-t-il, et à quelles données accède-t-il ? C'est précisément ce que nous avons construit avec Agentic360.

Vincent : Et surtout, nous l'évaluons en continu : ce qu'il apporte, ce qu'il coûte et les risques qu'il engendre. Un dirigeant pilote déjà des budgets et des équipes ; demain, il devra gérer un portefeuille d'agents de la même manière. Les questions sous-jacentes sont réelles. Le coût d'usage de l'IA évolue en permanence. Des enjeux géopolitiques apparaissent également : ai-je le droit d'utiliser telle IA ou non ? On s'interroge alors, par exemple, sur ce qui se passe si l'on ne peut plus recourir à un modèle et qu'il faut basculer sur un autre. Il faut garder la maîtrise, tout en suivant le rythme très soutenu de l'IA.

Comment parvenez-vous à faire dialoguer des profils aussi différents ?

Vincent : Nous construisons une représentation vivante du projet, qui fait apparaître quatre dimensions en même temps : le métier (avec ses persona et processus), les projets, la technique et la donnée. Chacun la consulte sous l'angle qui le concerne. Le chef de projet veut voir les risques. Le responsable des données veut savoir ce qu'il doit fiabiliser pour que les agents fonctionnent. Le responsable métier veut connaître ce qui améliorera la satisfaction client. C'est la même représentation, mais chacun y trouve sa réponse.

Vincent : Elle signale aussi les difficultés d'elle-même. Elle peut indiquer qu'un projet est en danger, ou qu'un autre est purement technique et déconnecté du métier, ce qui constitue un signal d'alerte. Les architectes nous disent que, pour la première fois, leur travail devient visible. Surtout, cela leur évite d'être sollicités en urgence, la veille d'un lancement, pour valider un sujet qu'ils découvrent.

Avez-vous des exemples concrets de situations où vous intervenez ?

Vincent : Le cas le plus fréquent, c'est un responsable qui nous dit : « j'ai lancé un projet d'ampleur, mes équipes sont déjà épuisées alors que nous en sommes encore à la définition des besoins, et le déploiement en une seule fois m'inquiète. » Autre situation : un directeur informatique de groupe qui constate que ses équipes, pays par pays, n'appliquent pas les mêmes bonnes pratiques. Nous intervenons aussi sur le passage à la vente en ligne, sur des projets CRM et, bien entendu, sur les projets liés à l'IA.

Remi : La plateforme est très souple. Un client l'utilise même pour gérer ses plannings techniques et arbitrer les conflits d'agenda entre projets. Ce n'était pas l'usage prévu à l'origine, mais il fonctionne très bien.

Remi : Au fond, nous servons de source de référence pour l'IA sur tout ce qui touche à la transformation. L'IA peine parfois à conserver le fil et à rester cohérente. Nous lui fournissons une base fiable où puiser la bonne information.

Un mot pour conclure : des nouveautés pour les prochains mois ?

Vincent : Nous évitons les grandes annonces à l'avance. La plateforme est solide, c'est le fruit de nos deux premières années. Nous la faisons désormais évoluer au rythme des besoins réels de nos clients, et non selon un plan théorique.

Merci à vous deux pour cet échange.

Pour en savoir plus sur Pelago et Boldo : https://pelagosoftware.com/

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