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Publié le

Par Guilhem Barroyer

Cartographie des risques IT

Mapping du risque IT : de la vue technique à l’aide à la décision pour le Comex

Un système d’information ressemble de plus en plus à un organisme vivant : traversé de flux, nourri par des dépendances multiples, exposé à des agressions permanentes. Dans cet écosystème numérique, le risque IT n’est plus un sujet réservé aux équipes techniques, il devient une donnée de pilotage stratégique pour le Comex.

Ransomwares ciblant les filières industrielles, indisponibilités de services SaaS, erreurs de paramétrage dans le cloud, tensions réglementaires liées à NIS2, DORA ou au RGPD, dépendance quotidienne à des plateformes tierces : la moindre perturbation se répercute immédiatement sur la chaîne de valeur. Le risque ne se formule plus en occurrence hypothétique, mais en probabilité élevée, qui impose une gestion structurée, de la prévention à la reprise d’activité.

Dans ce contexte, la cartographie des risques SI devient un instrument central. Elle dépasse la seule conformité ou la production de rapports : elle vise une vision partagée et compréhensible des vulnérabilités numériques, reliée aux enjeux métier, pour éclairer les arbitrages du Comex. Les directions générales attendent des réponses claires à des questions complexes : quels services sont fragiles, quelle exposition financière, quelles priorités dans un budget contraint.

Ce que recouvre réellement la cartographie des risques IT

Une démarche structurée au service de la décision

La cartographie des risques IT consiste à identifier, organiser et visualiser les risques qui pèsent sur le système d’information, qu’il s’agisse d’applications, d’infrastructures, de données ou de fournisseurs. L’enjeu est double : comprendre les impacts potentiels et les rendre lisibles pour des décideurs qui ne souhaitent pas entrer dans la complexité technique.

Les référentiels de gestion du risque décrivent tous la même dynamique. Le guide d’IT Governance sur l’IT risk assessment résume cette logique en quatre étapes : « Identify, Analyze, Evaluate, Treat » (source), très proche de la gestion des risques ISO 27005. L’objectif n’est pas la sophistication méthodologique, mais la capacité à disposer d’une vue cohérente des scénarios de risques, de leur vraisemblance, de leurs impacts et des mesures de traitement.

La matrice des risques IT, souvent représentée sous forme de heat map, incarne cette visualisation synthétique. TechTarget la définit comme « une représentation graphique […] qui positionne les risques en fonction de leur probabilité et de leur impact » (source). Appuyée sur un inventaire solide et des liens explicites avec les services métier, cette matrice devient un véritable outil d’arbitrage pour le Comex.

Relier risques techniques et risques métier

Les directions générales raisonnent en pertes d’exploitation, baisse de chiffre d’affaires, atteinte à la réputation ou sanctions des régulateurs. Les équipes IT parlent de vulnérabilités, de patches, d’obsolescence ou de dette technique. La cartographie des risques IT crée le langage commun entre ces deux univers.

Une vulnérabilité critique sur un serveur isolé n’a pas le même poids qu’une indisponibilité possible sur une plateforme de souscription en ligne représentant 40 % des ventes. La cartographie permet de traduire ces situations techniques en risques métier lisibles, en mobilisant notamment l’impact métier (BIA) : durée maximale d’interruption acceptable, montant financier associé, conséquences réglementaires ou réputationnelles.

Le CLUSIF, dans sa publication sur la « Cartographie des risques majeurs », insiste sur cette approche macroscopique, centrée sur les enjeux essentiels, pour retenir l’attention des dirigeants et éviter l’enlisement dans le détail.

Un inventaire des actifs comme “single source of truth”

Toute cartographie de risques robuste repose sur un inventaire des actifs fiable et exploitable : applications, composants techniques, données sensibles, flux, fournisseurs critiques. Cette approche peut-être perçue comme un lien structurel entre les objets d’architecture d’entreprise (applications, composants IT) et les types de risques (obsolescence, sécurité, conformité), le tout adossé à une véritable “single source of truth”.

Dans un environnement marqué par le cloud, les services SaaS, le shadow IT et la multiplication des API, cette base partagée forme l’ossature sur laquelle se greffent les attributs de risque : criticité métier, exposition aux menaces, conformité réglementaire, dépendances à des tiers. Sans ce socle, la cartographie reste descriptive et difficilement actionnable.

Du chaos des risques à la vision exploitable : enjeux, limites et conditions de succès

Un périmètre de risque en expansion constante

Le périmètre du risque IT s’étend à chaque nouvelle brique introduite dans l’écosystème numérique. Infrastructures hybrides, plateformes SaaS, chaînes de sous-traitance, interconnexions entre partenaires multiplient surfaces d’attaque et points de défaillance potentiels.

Cette réalité se confirme à travers les incidents récents, où des attaques menées via un fournisseur ont affecté des centaines d’organisations en cascade. La complexité des chaînes de valeur numériques tient autant à la technologie qu’aux engagements contractuels, aux flux de données partagés, aux API exposées. Une cartographie qui ignorerait les tiers ou les services externalisés laisserait dans l’ombre une part croissante du risque.

Les régulations européennes telles que NIS2 et surtout la conformité DORA (Digital Operational Resilience Act) traduisent cette prise de conscience. Elles exigent une connaissance précise des actifs critiques, des dépendances et des fournisseurs essentiels, avec une capacité de démonstration en cas d’audit.

Dépasser les formats figés et les cartographies trop techniques

Beaucoup d’organisations possèdent déjà des documents de gestion des risques, mais peinent à les transformer en outils opérationnels. Les formats figés (tableurs dispersés, rapports ponctuels) rendent la mise à jour difficile dans un paysage IT en mutation permanente.

Deux écueils reviennent fréquemment :

  • une granularité trop macro, qui limite la capacité à lancer des actions concrètes ;
  • à l’inverse, des listes exhaustives de vulnérabilités qui noient les décideurs sous l’information.

Il est alors nécessaire de trouver un niveau d’analyse à la fois synthétique et pilotable, pour maintenir l’attention des dirigeants sur les risques majeurs. Les approches centrées uniquement sur la sécurité technique, sans traduction métier, souffrent des mêmes limites : une série de scores techniques n’éclaire pas, à elle seule, l’impact potentiel sur un réseau d’agences, une activité de paiement ou une plateforme e-commerce.

La “juste” granularité comme clé de lecture

La granularité juste se construit progressivement. Une approche pragmatique consiste à partir des services métier ou processus critiques, puis à descendre vers les applications et composants techniques qui les supportent. Chaque organisation peut structurer sa vision, par exemple :

  • par service métier critique (paiement, souscription, traitement des commandes) ;
  • par application clé ou famille applicative ;
  • par flux sensible (paiement, données personnelles, données de santé).

Ce niveau intermédiaire conserve une vision globale tout en restant suffisamment concret pour piloter des plans de remédiation, des arbitrages de budget ou des évolutions d’architecture.

L’architecture d’entreprise comme squelette de la vision de risque

La gestion du risque IT gagne en maturité lorsqu’elle s’adosse à une architecture d’entreprise vivante. Le standard TOGAF, dans « Managing Security Risks in Enterprise Architecture », intègre explicitement la gestion des risques de sécurité au cycle d’architecture ADM, pour lier directement risques, décisions de design et trajectoires de transformation (source).

L’architecture fournit le squelette : processus, applications, composants, fournisseurs. La couche de risques (obsolescence, sécurité, conformité, résilience) enrichit ce modèle. L’enjeu réside moins dans la multiplication des documents que dans la capacité à disposer d’un écosystème de données vivant, mis à jour en continu et accessible à toutes les parties prenantes.

Structurer une cartographie des risques IT utile au métier et au Comex

Partir des activités critiques et remonter vers le SI

Une cartographie de risques utile pour le Comex démarre par l’identification des activités critiques. Cette démarche s’inspire directement des analyses d’impact (BIA) menées pour les plans de continuité et de reprise : repérage des processus essentiels, services clients clés, exigences réglementaires majeures, engagements contractuels sensibles.

À partir de cette base métier, l’architecture d’entreprise permet de remonter vers les briques qui soutiennent ces activités : applications, données, infrastructures, fournisseurs. Ce mouvement vertical révèle les dépendances : une même application peut soutenir plusieurs processus critiques, un fournisseur cloud se trouver au cœur de nombreux services, un flux de données alimenter plusieurs chaînes opérationnelles.

Qualifier les risques et les organiser dans des matrices lisibles

Une fois les objets critiques identifiés, la cartographie s’enrichit de scénarios de risques : cyberattaques, indisponibilités, erreurs humaines, défaillances de fournisseurs, fuites de données. La méthode française EBIOS Risk Manager structure cette réflexion en ateliers, du cadrage métier aux scénarios opérationnels. L’ANSSI la décrit comme un dispositif permettant de « passer des enjeux métier aux scénarios de menaces et aux mesures de sécurité » (source).

Ces scénarios sont ensuite positionnés dans des matrices de risques IT combinant vraisemblance et impact. L’ambition n’est pas une notation scientifique, mais la mise en évidence des risques majeurs qui affectent les services critiques et justifient une attention particulière du Comex.

Traduire les risques en impacts métier et financiers

La cartographie gagne en valeur lorsque chaque risque est relié à des indicateurs métier concrets : durée maximale d’interruption acceptable, ordre de grandeur des pertes potentielles, impact réputationnel, sanctions réglementaires possibles. Cette structuration rapproche la gestion de risques IT du langage financier et de la gouvernance globale.

Des approches de quantification plus avancées peuvent s’inspirer de modèles comme FAIR (Factor Analysis of Information Risk). Sans viser un chiffrage exhaustif, ces modèles encouragent le passage d’échelles qualitatives (faible, moyen, fort) à des ordres de grandeur financiers, utiles pour les arbitrages budgétaires et l’acceptation de risques résiduels.

Documenter les dépendances et les effets domino

Les crises récentes ont montré la puissance des effets dominos au sein des écosystèmes numériques. Une attaque ciblant un fournisseur de services managés, une panne d’hébergeur ou une erreur de configuration réseau peuvent affecter en chaîne des dizaines de services métiers.

La cartographie des risques IT met en lumière ces chaînes complètes : processus, applications, données, infrastructures, fournisseurs. Cette vision systémique déplace le regard d’une logique de protection périmétrique vers un pilotage de la cyber-résilience : capacité à encaisser un choc, à maintenir les fonctions essentielles et à se rétablir rapidement.

De la prévention à la résilience opérationnelle : faire vivre la cartographie

Avant l’incident : prioriser, simplifier, renforcer

En prévention, la cartographie des risques agit comme un instrument de priorisation. Elle met au jour les redondances inutiles, les actifs obsolètes, les applications qui n’ont plus de justification métier et augmentent la surface d’attaque. Elle permet de concentrer les efforts de sécurisation sur les véritables points de fragilité.

Les plans de continuité (PCA) et de reprise d’activité (PRA) s’en trouvent consolidés. Ils reposent sur une compréhension précise des services critiques, des fenêtres de reprise acceptables, des scénarios plausibles et des ressources nécessaires, plutôt que sur des hypothèses génériques.

Pendant la crise : éclairer la gestion de crise

En situation de crise, la cartographie des risques SI devient un outil d’orientation. Elle permet de localiser rapidement les actifs touchés, de visualiser les interdépendances, d’anticiper les impacts métier et de choisir les mesures d’isolement ou de bascule les plus pertinentes. Surtout, elle fournit des vues compréhensibles pour la direction générale et les autorités, loin du jargon technique.

Relier chaque composant technique à des processus métier identifiés transforme la gestion de crise. Les décisions ne reposent plus seulement sur des intuitions ou des listes d’incidents, mais sur une compréhension systémique de l’écosystème numérique.

Après l’incident : capitaliser et améliorer en continu

Après une crise, la cartographie soutient le retour d’expérience. Les scénarios de risques sont ajustés, les hypothèses de vraisemblance révisées, les données d’architecture actualisées. Cette boucle de rétroaction évite que la cartographie ne se fige et renforce progressivement la maturité de l’organisation.

La gestion du risque de tiers occupe une place croissante dans cette dynamique. Les fournisseurs critiques (SaaS, infogérants, hébergeurs, éditeurs) sont intégrés à la cartographie, avec leurs connexions au SI et leurs engagements de service. DORA insiste particulièrement sur ce third-party risk, en demandant aux acteurs financiers une vision claire de leurs dépendances et des plans d’actions associés.

La condition de succès durable tient à la capacité à ancrer la cartographie dans les rituels de gouvernance. Les mises à jour d’actifs, de flux, de risques, de contrôles peuvent être intégrées aux comités projets, aux CAB (Change Advisory Board), aux revues de risques, aux comités d’architecture. La cartographie ne doit pas devenir une production documentaire supplémentaire, mais un référentiel vivant qui accompagne les décisions, c'est ce que permet le storytelling tel qu'il est pratiqué avec Boldo.

Aligner la cartographie des risques IT avec les cadres réglementaires et méthodologiques

Transformer la contrainte réglementaire en structuration durable

Les régulations récentes créent des obligations précises sur la connaissance des actifs critiques et la maîtrise des risques numériques. NIS2 cible les opérateurs de services essentiels, DORA encadre la résilience opérationnelle numérique dans le secteur financier, le RGPD et la norme ISO 27001 structurent la gestion des données et de la sécurité.

La cartographie des risques IT apporte une réponse structurée à ces exigences. Elle démontre que l’organisation dispose d’une vision claire de ses actifs critiques, de ses dépendances, de ses scénarios de risques, de ses plans de traitement et de ses fournisseurs essentiels. Les livrables standardisés (inventaires d’actifs, matrices de risques, registres de fournisseurs critiques) deviennent des artefacts auditables, issus directement du référentiel d’architecture plutôt que de reconstitutions ponctuelles.

Inscrire le risque dans le cycle d’architecture

L’intégration de la gestion des risques dans le cycle d’architecture transforme la gouvernance IT. En suivant une logique proche de TOGAF, chaque décision de design, de transformation ou de retrait d’application intègre une analyse structurée de risques. Les choix de modernisation, de migration vers le cloud, d’externalisation de services ou de rationalisation applicative s’appuient alors sur des vues partagées plutôt que sur des intuitions isolées.

Cette approche installe une vision réellement systémique, où le risque devient un critère naturel dans les arbitrages d’architecture, au même niveau que le coût, la performance ou l’expérience utilisateur.

Faire du référentiel une base commune entre métiers et IT

La valeur de la cartographie augmente lorsque tous les acteurs travaillent sur un même référentiel. Les équipes sécurité, architecture, production, conformité et métiers s’appuient sur une vision commune des actifs, des flux, des tiers et des scénarios de risques. Le langage du risque se centre sur l’impact métier, tout en conservant la précision technique nécessaire aux actions de remédiation.

L’architecture d’entreprise outillée joue ici un rôle central, en offrant un espace partagé où le SI n’est plus un stock de serveurs et d’applications, mais un écosystème cohérent, observable et maîtrisable.

Conclusion

La cartographie des risques IT entre dans une nouvelle phase de maturité. Elle quitte le registre des documents figés pour rejoindre celui des outils opérationnels vivants, connectés à l’architecture et au business. Le système d’information n’est plus perçu comme un ensemble de briques techniques à sécuriser uniformément, mais comme un organisme complexe, dont les fonctions vitales doivent être protégées, mesurées et renforcées en priorité.

En s’appuyant sur une cartographie robuste du SI, telle que décrite dans « Boldo | Cartographier son SI pour renforcer sa cybersécurité : un réflexe indispensable », la cartographie des risques se transforme en tableau de bord lisible pour le Comex. Les discussions sur les budgets, les programmes de transformation, les investissements de modernisation ou les niveaux d’acceptation de risque gagnent en clarté, en rationalité et en crédibilité vis-à-vis des régulateurs, des clients et des partenaires.

La vision portée par Boldo s’inscrit dans cette logique organique. L’architecture d’entreprise y joue le rôle de squelette, la cartographie des risques constitue le système nerveux, et les équipes, métiers comme IT, en sont les muscles. L’ensemble forme un organisme numérique capable de percevoir ses vulnérabilités, de réagir aux chocs et de renforcer en continu sa cyber-résilience.

Dans un environnement où la pression réglementaire s’intensifie et où les incidents majeurs se multiplient, transformer la contrainte en avantage compétitif devient une perspective réaliste. Les organisations qui s’engagent dans une cartographie des risques IT vivante gagnent une meilleure maîtrise de leurs priorités, une capacité accrue de réaction en cas de crise, et une position renforcée dans le dialogue avec leurs clients, leurs partenaires et leurs régulateurs.